Se souvenir...

Dernière mise à jour : 16 déc. 2020

Dans mon enfance, l'effet des guerres s'est souvent invité à la table familiale.


Entre une mémoire qui s'est transmise et une mémoire qu'on a tue*, je suis partie à la recherche de ces bribes d'Histoire non vécue. Et en parcourant ce chemin, j'ai trouvé des valeurs sur lesquelles me construire.


Enfant, je n'ai jamais pleuré à l'écoute des atrocités de la guerre de 39-45 ou d'Algérie parce qu'elles m'ont été transmises comme un grand-père raconterait à sa petite-fille.


Mais j'ai beaucoup manqué d'une mémoire non racontée de l'autre côté. Alors, j'ai cherché. Je suis tombée, je me suis relevée, j'ai buté, senti la liberté, appris, trébuché, égratignée, éprouvé la peur et entendu aussi la mélodie de leur bonheur, là-bas, de l'autre côté...

L'Exil.

L'exil de soi, de sa terre, de sa langue... Le corps comme langage, la tristesse érigée comme un mur qui peut se muer en haine. J'ai compris avant qu'il ne soit trop tard, l'Amour.

La patience, la confiance, c'est de l'amour qui se mue en tolérance.

C'est de l'amour qui n'enferme pas et qui n'exige pas à être aimé.e en retour.

C'est laisser l'autre libre, mais pas isolé.e, pas sans lien de filiation, pas sans une histoire et une place dans la communauté humaine. Et lorsque les liens transgénérationnels rendent cette histoire trop difficile, compliquée ou douloureuse, nous devrions pouvoir avoir confiance dans une société dont les lois prennent le relais, accueille en son sein et ne redouble pas la douleur des ruptures du lien d'attachement.


« Le progrès n'est pas le changement mais la capacité à se souvenir. Ceux qui ne peuvent se souvenir de leur passé sont condamnés à le répéter. » George Santayana.



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